• Libe Capital
  • Posts
  • 💵 ➡️ 500 $ et un vélo, aujourd'hui ça vaut 8,7 milliards.

💵 ➡️ 500 $ et un vélo, aujourd'hui ça vaut 8,7 milliards.

Bon dimanche,

En mars dernier, Forbes a sorti sa liste annuelle des milliardaires. 3 428 personnes dans le monde. Un record. Pis dans cette liste-là, il y a 17 Québécois. Ensemble, leur fortune combinée dépasse les 75 milliards de dollars.

Le Journal de Québec a couvert le classement le 10 mars. Narcity a fait le breakdown complet. Pis en relisant les noms un par un, j'ai réalisé quelque chose que personne a souligné.

Les milliardaires québécois sont presque tous devenus riches de la même façon.

Ils ont acheté des entreprises qui existaient déjà. Pis ils ont recommencé. Encore. Pis encore.

Alain Bouchard : 10,7 milliards. Il a acheté un dépanneur en 1980. Aujourd'hui, Couche-Tard a 16 800 magasins. Jean Coutu : 5,0 milliards. Il a acheté la pharmacie de son cousin en 1954. Serge Godin : 2,1 milliards. Il a fondé CGI avec 2 employés pis il a fait 100+ acquisitions pour devenir un géant de 91 500 employés.

Pis au 2e rang de la liste québécoise, il y a un nom que le monde connaît moins que Bouchard ou Coutu. Mais son histoire est peut-être la plus impressionnante de toutes.

Son nom, c'est Lino Saputo. 8,7 milliards de dollars. 2e Québécois le plus riche. Pis tout a commencé avec 500 $ et un vélo.

Source: Radio Canada

Le fils d'immigrant qui livrait du fromage à vélo

En 1950, Giuseppe Saputo, maître fromager de Montelepre, un petit village près de Palerme en Sicile, émigre au Canada avec son fils aîné Frank. Ils s'installent à Montréal, convaincus que c'est le pays idéal pour donner un avenir meilleur à leur famille.

Deux ans plus tard, le reste de la famille les rejoint : Maria, la mère, Lino (15 ans), Luigi, Rosalia, Elina, Maria et Antonina. Une famille de 8 qui débarque à Montréal sans un mot de français, sans un mot d'anglais, sans contacts, sans capital.

Au début, Lino trouve ça difficile. Il veut retourner en Sicile. Mais à 17 ans, il fait quelque chose que la plupart des gens font jamais : il convainc son père de se lancer en affaires au lieu de travailler pour quelqu'un d'autre.

En septembre 1954, avec 500 $ d'économies, la famille Saputo achète de l'équipement de base et un vélo pour les livraisons. Ils louent un espace dans l'usine Delca Cheese sur la rue de Rouen à Montréal. Giuseppe fabrique le fromage. Lino livre à vélo dans les rues de Montréal. Les clients? La communauté italienne de Montréal, qui s'ennuie des produits de chez eux.

Ça marche. La demande est là. En 1957, ils déménagent dans leur première vraie usine, dans le quartier Saint-Michel.

De fromager de quartier à plus gros fabricant de mozzarella au Canada

Pendant les années 60 et 70, Saputo connaît une croissance considérable. La demande pour la mozzarella explose grâce à la popularité grandissante de la pizza en Amérique du Nord. Pis devinez qui est le plus gros fournisseur de mozzarella au pays? La petite entreprise familiale de la rue de Rouen.

En 1964, Lino fait quelque chose d'audacieux. Il visite la Grande Cheese Co. du Wisconsin pour étudier leur modèle. Il veut moderniser les opérations, industrialiser la production, pis sortir du marché ethnique pour vendre à tout le monde.

À la fin des années 80, Saputo est déjà le plus important fabricant de mozzarella au Canada. Mais Lino voit plus grand. Beaucoup plus grand. Pis c'est là que l'histoire change complètement.

Parce qu'à partir des années 90, Lino Saputo va faire quelque chose que très peu d'entrepreneurs québécois ont fait avant lui. Il va acheter ses compétiteurs. Systématiquement. Un par un. Continent par continent.

La machine à acquisitions s'active

En 1997, Saputo entre en Bourse sur le TSX. Pis la même année, il fait sa première acquisition majeure aux États-Unis : Stella Foods. L'entreprise triple de volume du jour au lendemain.

Pis là, il fait exactement ce qu'Alain Bouchard a fait avec Couche-Tard. Il prend le cash flow généré par l'acquisition, il le réinvestit dans la suivante, pis il recommence.

En 2001, Saputo achète Dairyworld Foods en Colombie-Britannique pour 407 millions de dollars. C'est l'entreprise qui possède les marques Dairyland et Armstrong. 3 200 employés. 24 usines. Du jour au lendemain, Saputo devient le numéro 1 du laitier au Canada.

En 2003, il achète Molfino Hermanos en Argentine. C'est le 3e plus important transformateur laitier du pays. Saputo vient de mettre le pied en Amérique du Sud.

En 2008, il achète Neilson Dairy de George Weston Limited pour 465 millions de dollars. C'est le lait Neilson que tu voyais dans les frigos de l'Ontario. Saputo vient de devenir le numéro 1 du lait nature au Canada.

En 2012, il achète Morningstar Food aux États-Unis pour 1,45 milliard de dollars US. Saputo entre dans le top 3 des fabricants de fromage aux États-Unis.

En 2018, il achète Murray Goulburn en Australie pour 1,29 milliard de dollars. C'est le plus gros transformateur laitier du pays. Les marques Devondale, Liddells, Murray Goulburn Ingredients. Saputo devient le numéro 1 en Australie.

En 2019, il achète Dairy Crest au Royaume-Uni pour 2,1 milliards de dollars. Les marques Cathedral City, Clover, Country Life. Saputo devient le plus grand fabricant de fromage de marque au Royaume-Uni.

Chaque acquisition suit le même modèle. Il identifie un marché. Il trouve le leader local. Il l'achète. Il intègre les opérations dans son système. Pis il recommence dans un autre pays.

Le résultat : 500 $ → 6,4 milliards

Relis ça lentement.

En 1954, Lino Saputo met 500 $ dans de l'équipement de base et un vélo. En 2026, Forbes estime sa fortune personnelle à 8,7 milliards de dollars US. Saputo Inc. génère 19,5 milliards de dollars de revenus annuels, emploie 19 400 personnes, opère dans plus de 30 pays, et vend ses produits dans plus de 60 pays. C'est l'un des 10 plus grands transformateurs laitiers au monde.

Si tu calcules le rendement sur l'investissement initial de 500 $, ça donne un facteur de multiplication de 17 400 000. Dix-sept millions quatre cent mille fois la mise initiale. En 70 ans.

Ce que l'histoire de Saputo t'enseigne sur l'acquisition

Je veux être clair. Lino Saputo, c'est un cas exceptionnel. Tout le monde va pas bâtir un empire de 19 milliards. Mais la méthode, elle, est reproductible. Pis elle s'applique à n'importe quelle échelle.

Voici ce que son parcours t'enseigne concrètement.

Premièrement, il a pas inventé le fromage. Son père faisait déjà du fromage en Sicile. Lino a pris un savoir-faire existant, il l'a transplanté dans un nouveau marché, pis il l'a industrialisé. C'est exactement ce que fait un bon repreneur : il prend une opération qui fonctionne pis il l'améliore.

Deuxièmement, il a grandi par acquisition, pas par croissance organique seule. La croissance organique, c'est lent. L'acquisition, c'est un accélérateur. Chaque acquisition de Saputo l'a positionné comme le numéro 1 dans un nouveau marché. Si tu veux passer de 1 million à 5 millions de revenus, la façon la plus rapide c'est d'acheter une entreprise de 4 millions.

Troisièmement, il a utilisé le cash flow de chaque acquisition pour financer la suivante. C'est la stratégie de roll-up classique. Tu achètes l'entreprise A, tu l'opères, tu génères du cash flow, pis tu utilises ce cash flow comme mise de fonds pour l'entreprise B. Saputo a fait ça 7 fois à l'échelle du milliard. Tu peux le faire à l'échelle de 500 000 $.

Quatrièmement, il a été patient. 43 ans entre la fondation (1954) et la première acquisition majeure (1997). Il a pas essayé de tout faire en même temps. Il a bâti une opération solide d'abord, pis il a accéléré quand il était prêt.

Cinquièmement, il a passé le flambeau. En 2003, Lino a cédé le poste de PDG à son fils, Lino A. Saputo. L'entreprise a continué à grandir. C'est la preuve que quand tu bâtis une entreprise qui dépend pas de toi, elle survit à ton départ. C'est ce que la banque veut voir quand elle finance une acquisition : un plan de succession crédible.

Le point commun des 4 plus riches du Québec

Regarde la liste Forbes du Québec. Les 4 plus grosses fortunes :

Bouchard, 10,7 milliards — croissance par acquisition de dépanneurs. Saputo, 6,4 milliards — croissance par acquisition de transformateurs laitiers. Coutu, 5,0 milliards — croissance par franchise de pharmacies (pis vente finale à Metro pour 4,5 milliards). Godin, 2,1 milliards — croissance par acquisition de firmes de consultation TI.

Quatre milliardaires. Quatre stratégies d'acquisition. Quatre entreprises qui ont commencé petit au Québec pis qui ont racheté leurs compétiteurs un par un.

C'est pas un hasard. C'est un modèle. Pis ce modèle-là fonctionne à toutes les échelles.

Tu as pas besoin de 407 millions comme Saputo a mis pour Dairyworld. T'as besoin de 100 à 200 000 $ de mise de fonds, d'un programme CSBFP, de financement vendeur, pis de la même mentalité : trouver une bonne entreprise, l'acheter, l'opérer mieux, pis recommencer.

Le terrain de jeu est le même. L'échelle est différente. La méthode est identique.

16 000 entreprises québécoises cherchent un repreneur en ce moment. 5 000 vont fermer faute de relève. Le marché penche en faveur de l'acheteur pour la première fois dans l'histoire du Québec.

Lino Saputo a commencé avec 500 $ et un vélo en 1954. T'as probablement plus que ça dans ton REER.

La question c'est pas si t'as les moyens. C'est si t'as la vision.

Maintenant tu sais d'où ça vient.

On se reparle la semaine prochaine.

– Hubert Côté Fondateur, Libe Capital

Ce contenu est publié à titre éducatif et informatif uniquement. Il ne constitue pas un conseil financier, juridique, fiscal ou professionnel. Libe Capital n'est pas un cabinet de courtage, un conseiller en valeurs mobilières ni un cabinet de planification financière au sens de la Loi sur les valeurs mobilières du Québec. Toute décision d'investissement ou d'acquisition devrait être prise après consultation avec des professionnels qualifiés (comptable, avocat, fiscaliste, évaluateur d'entreprise agréé). Les informations présentées peuvent changer et ne doivent pas être considérées comme des recommandations personnalisées. Libe Capital, ses dirigeants et ses employés déclinent toute responsabilité quant aux décisions prises sur la base de ce contenu.

Reply

or to participate.