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💵 ➡️ N'achète jamais un restaurant.
Tout le monde dit que c'est une mauvaise idée d'acheter un restaurant.
Ton comptable dit non. Ta femme dit non. Ton beau-frère qui a jamais rien acheté de sa vie dit non. Pis Internet dit non.
Les chiffres leur donnent raison.
En 2025, 7 000 restaurants ont fermé leurs portes au Canada. 4 000 autres fermetures sont prévues en 2026, selon l'Université Dalhousie. Au Québec spécifiquement, 423 restaurants ont déclaré faillite formelle en 2024, selon l'Association Restauration Québec (ARQ). C'est 63 % de toutes les faillites de restaurants au pays. On a 25 % des établissements mais 63 % des faillites. En moyenne depuis 2016, c'est 28 restaurants québécois par mois qui ferment les livres. Presque un par jour.
La marge bénéficiaire moyenne d'un restaurant au Québec? 3,5 %, selon Statistique Canada. Pis selon Restaurants Canada, 44 % des restaurants au pays opéraient à perte ou juste au seuil de rentabilité à la fin de 2025.
Fait que oui. Les chiffres sont brutaux. Pis c'est exactement pour ça que la plupart des gens devraient pas acheter un restaurant.
Mais.

La famille qui fait 250 millions en restauration
En 2018, 5 frères et sœurs de la Beauce ont racheté l'entreprise familiale de pizza. Pizza Salvatoré. 13 restaurants. 10 millions de chiffre d'affaires.
Aujourd'hui, en 2026, le Groupe Abbatiello a 200+ restaurants, 6 bannières, 5 000 employés pis 250 millions de chiffre d'affaires. De 10 à 250 millions en 7 ans. Par acquisition.
Leurs bannières : Pizza Salvatoré, Jack le Coq, Topla!, L'Œufrier, Crèmerie Chez Mamie. Pis en mai dernier, ils ont ajouté Shaker Cuisine & Mixologie — 21 restaurants. Ils étaient les seuls Québécois à la table de négociation. Tous les autres acheteurs intéressés venaient de l'Ontario.
Leur objectif : 1 milliard de revenus pis 1 500 restaurants d'ici le 31 décembre 2029.
Ça c'est le même secteur que tout le monde dit mauvais. Avec une marge moyenne de 3,5 %. Avec 28 faillites par mois au Québec.
Fait que c'est quoi la différence entre les 423 qui ferment pis les Abbatiello qui font 250 millions?

C'est jamais le secteur. C'est les chiffres du deal.
Voici ce que je veux que tu comprennes aujourd'hui. C'est pas le secteur qui fait qu'un deal est bon ou mauvais. C'est la structure du deal.
Un restaurant avec une marge de 3,5 %, c'est un mauvais achat si tu le paies 4 ou 5 fois le BAIIA. Mais un restaurant avec une marge de 12 %, des revenus récurrents, un bail de 10 ans signé, pis un propriétaire qui veut vendre à 2,5 fois le BAIIA parce qu'il est fatigué? C'est un des meilleurs deals que tu vas trouver.
Le monde regarde le secteur. Les bons acheteurs regardent les chiffres.
Voici les 5 questions que je me pose AVANT de regarder si c'est un restaurant, un garage, ou une firme comptable.
Premièrement, c'est quoi la marge nette après salaire du propriétaire? Si c'est en dessous de 10 %, c'est serré. Si c'est au-dessus de 15 %, ça mérite qu'on continue.
Deuxièmement, est-ce que les revenus sont concentrés? Si 40 % du chiffre d'affaires vient d'un seul contrat, c'est un risque. Si les revenus viennent de 500 clients différents par semaine, c'est solide.
Troisièmement, c'est quoi le bail? Un restaurant avec un bail de 3 ans, c'est une bombe à retardement. Un bail de 10 ans en dessous du marché? C'est un actif caché.
Quatrièmement, est-ce que ça opère sans le propriétaire? Un restaurant qui ferme quand le propriétaire part en vacances, c'est un emploi. Un restaurant avec un gérant, des systèmes, pis des processus? C'est une machine.
Cinquièmement, le prix est justifié par quoi? Un multiple de 2 à 3 fois le BAIIA pour un restaurant, c'est raisonnable. Un multiple de 5 fois pour un indépendant qui dépend du chef? C'est de la folie.

Le vrai problème avec le 3,5 %
Le 3,5 % de marge, c'est une moyenne. Pis les moyennes, ça veut rien dire.
Dans cette moyenne-là, il y a le nouveau restaurant de sushis ouvert il y a 6 mois avec un chef qui a jamais fait de gestion, un loyer de 8 000 $ par mois sur la rue Saint-Denis, pis zéro système en place. Celui-là, il est à -15 % de marge.
Pis dans la même moyenne, il y a le resto familial en banlieue qui est là depuis 22 ans, qui fait 1,8 million de revenus, avec un loyer de 3 200 $ par mois, 4 employés fidèles pis un propriétaire de 64 ans qui veut prendre sa retraite. Celui-là, il est à 14 % de marge nette.
Les deux sont comptés dans le "3,5 %."
Le deuxième, c'est un deal de 252 000 $ de cashflow par année. Tu le paies 500 000 $. C'est un rendement de 50 % sur ta mise de fonds avant même que tu fasses quoi que ce soit pour l'améliorer. Pis tout le monde va te dire que c'est une mauvaise idée parce que "c'est un restaurant."
Les Abbatiello font exactement ça
Regarde ce que les Abbatiello achètent. Ils achètent pas des restaurants qui marchent pas. Ils achètent des bannières qui ont déjà prouvé leur modèle.
Jack le Coq — poulet frit standardisé, livraison forte, opérations simples. Topla! — cuisine asiatique rapide, mêmes fournisseurs que Salvatoré. L'Œufrier — déjeuner seulement, ouvert de 6h à 15h. Le soir, le loyer travaille pas. Shaker — tartares et cocktails, 21 restaurants partout au Québec.
Chaque acquisition suit un modèle. Le restaurant a déjà prouvé son concept. Les marges sont connues. La chaîne d'approvisionnement s'intègre dans le réseau existant. Pis le volume d'achat du groupe réduit les coûts pour tout le monde.
C'est pas parce que c'est un restaurant que c'est bon ou mauvais. C'est parce que les chiffres du deal fonctionnent.
Le principe
La prochaine fois que quelqu'un te dit "acheter un restaurant c'est une mauvaise idée", demande-lui combien il a analysé de deals.
Il y a pas de mauvais secteur. Il y a des mauvais deals.
Un garage à 1,5x le BAIIA avec 20 % de marge, c'est un bon deal. Un garage à 5x le BAIIA avec 6 % de marge, c'est un mauvais deal. Même secteur. Pas le même deal.
Un restaurant à 2,5x le BAIIA avec 14 % de marge pis un bail de 10 ans, c'est excellent. Un restaurant à 4x le BAIIA avec 3 % de marge pis un bail de 2 ans, c'est un cauchemar. Même secteur. Pas le même deal.
Les chiffres mentent jamais. Ton beau-frère, oui.

On se reparle la semaine prochaine.
– Hubert Côté Fondateur, Libe Capital
Ce contenu est publié à titre éducatif et informatif uniquement. Il ne constitue pas un conseil financier, juridique, fiscal ou professionnel. Libe Capital n'est pas un cabinet de courtage, un conseiller en valeurs mobilières ni un cabinet de planification financière au sens de la Loi sur les valeurs mobilières du Québec. Toute décision d'investissement ou d'acquisition devrait être prise après consultation avec des professionnels qualifiés (comptable, avocat, fiscaliste, évaluateur d'entreprise agréé). Les informations présentées peuvent changer et ne doivent pas être considérées comme des recommandations personnalisées. Libe Capital, ses dirigeants et ses employés déclinent toute responsabilité quant aux décisions prises sur la base de ce contenu.
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